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Parce qu’il vise à mobiliser l’ensemble de nos aptitudes cérébrales, cet outil qui met en valeur la pensée visuelle peut apporter des informations d’une pertinence parfois redoutable.

 

Lors d’une conférence dans un festival de culture graphique à Lure, Noémie Levain, communicatrice visuelle, prend des notes d’une étrange façon. Plutôt que de chercher à tout inscrire de manière linéaire, elle écrit seulement les idées clés, en les organisant de manière visuelle et en les agrémentant de symboles, de dessins, voire de gribouillis. Elle fait ce qu’on appelle de la prise de notes visuelle – ou du sketchnote. « Le plus étrange, c’est qu’au moment où j’ai fait un croquis spécifique, le conférencier est allé au paperboard pour dessiner la même chose ! », s’étonne-t-elle.

Elle est loin d’être la seule à avoir vécu ce genre d’expérience. Vanina Gallo, coach et facilitatrice graphique, accompagne des individus et des entreprises en utilisant la prise de notes visuelle.
Il lui arrive de dessiner ce qui sera le dénouement trouvé... à la fin de la séance ! Se laisser écouter ou penser de manière flottante, combiner
les mots et les images, prendre plaisir à dessiner, ouvrirait un champ de créativité et de sensibilité surprenant. Pouvons-nous tous faire cela ? Le mind mapping est un outil majeur de la pensée visuelle. « L’avantage, c’est que c’est une méthode formatée, mais qui laisse aussi beaucoup de liberté. Du coup, tout le monde peut s’y essayer, même ceux qui ne savent pas dessiner. L’important, c’est le processus. Ce qui en ressort peut être surprenant ! », souligne Noémie Levain, formatrice en mind mapping à la School of Life de Paris. À vos crayons !

 

Muscler son cerveau

Alors qu’il est étudiant, Tony Buzan ne trouve aucun livre pour apprendre à bien utiliser son cerveau. Il en fera sa passion. « J’ai étudié la psychologie, la neurophysiologie, la sémantique, la neurolinguistique, la théorie de l’information, la mémoire et les perceptions, la pensée créative et la science », témoigne-t-il dans Mind
 Map, Dessine-moi l’intelligence.
 En 1971, après avoir élaboré pour
la BBC des cours pour développer l’intellect, il invente le « mind map »
 – traduit par carte mentale, carte des idées ou carte heuristique (art de faire des découvertes). Depuis, il a écrit une vingtaine d’ouvrages et a conseillé des multinationales, des universités, des gouvernements. S’il paraît normal de faire du sport pour garder notre corps en bonne santé, n’est-il pas possible d’entraîner aussi notre cerveau ? Nous aurions un vaste potentiel dont nous ne nous servirions qu’à 10 % ! Barbara, à qui l’on avait dit qu’elle avait le QI le plus bas jamais vu dans son école, atteignit un QI de 160 après avoir travaillé avec Tony Buzan. Elle sortit première de son collège.

Lire la suite dans Inexploré n°33 - www.inrees.com

 

Des intelligences multiples

Ce que l’inventeur du mind mapping a bien compris, c’est que pour être au maximum de nos aptitudes cérébrales, il ne faut pas miser que sur l’intellect. En plus des facultés classiques, il compte l’intelligence créative, personnelle, sociale, spirituelle, physique et sensuelle. Tony Buzan propose ainsi avec son outil de solliciter le cerveau gauche qui, d’après le Pr Roger Sperry, prix Nobel de médecine, est responsable des mots, nombres, séquences, listes, de la logique, de la linéarité, de l’analyse. Et de l’unir aux performances du cerveau droit qui, lui, gère les couleurs, les dimensions, la spatialité, la vue globale, l’imagination, la rêverie. Parce qu’il solliciterait l’ensemble de ces facultés, le mind mapping nous permettrait de déployer un potentiel psychique souvent. « Cela sollicite nos capacités déductives une forme de captation intuitive », indique Noémie Levain. Brainstorming, synthèse, organisation, prise de décision, élaboration de stratégie, enseignement, stimulation de la mémoire ou de la créativité... Cet outil a été largement di usé de par le monde et utilisé par les plus grandes entreprises. Un manuel technique de Boeing a par exemple été résumé sur un mind map de huit mètres de long. Les ingénieurs aéronautiques ont ainsi pu apprendre en quelques semaines ce qu’ils mettaient auparavant de longs mois à assimiler, « d’où des économies évaluées à 11 millions de dollars », précise Tony Buzan.

Une pensée plus naturelle

Autre découverte : le cerveau ne pense pas de manière linéaire mais de manière radiante, à l’image de son anatomie neuronale en arborescence. Chaque neurone est connecté à un grand nombre d’autres neurones et ainsi de suite. La structure du mind mapping utilise une logique similaire. « Il est dit qu’il favorise alors une pensée organique plus naturelle. Il accompagne le cerveau dans un mode de pensée qui lui convient mieux », informe Noémie Levain. Au final, cela produit un diagramme qui offre une vue d’avion. Il devient possible de voir si des éléments se retrouvent à différents endroits et de faire des liens, si une branche est plus chargée que les autres
– auquel cas il peut être intéressant de faire un nouveau mind map à partir de là –, s’il y a des endroits vides qui signalent d’éventuels points aveugles.
 Alors que Sylvie pense avoir fait le tour de ce dont elle a besoin pour rénover son appartement en faisant des listes, elle s’essaie au mind mapping. Elle met au centre et à tour de rôle le nom de chaque pièce. Elle trace des branches pour le sol, les murs, l’électricité... et, en n, inscrit ce qu’il faut y faire. Elle réalise alors qu’elle avait oublié beaucoup de choses !

Puiser dans un champ informationnel

« Quand je fais une carte heuristique, c’est un peu comme une méditation. Je suis absorbée et ça pourrait durer des heures. Je suis incapable de dire d’où viennent mes idées », rapporte Noémie Levain. Le cerveau est constamment bombardé par un bruit sensoriel et psychique dans lequel il choisit certains éléments qu’il amène à notre attention. Ainsi, en deçà de ce choix conscient, il a accès à une somme phénoménale de données. Le mind mapping, qui laisse le temps au cerveau de pleinement déployer la panoplie de ses capacités, semble le mettre en état de conscience élargi. Le filtre avec l’inconscient est amoindri et plus d’informations remontent à l’attention. Le psychiatre Carl Gustav Jung, et beaucoup d’autres après lui, vont jusqu’à dire que les frontières de notre inconscient personnel sont poreuses et communiquent avec un vaste inconscient collectif. « Avec la facilitation graphique, il m’arrive d’avoir l’impression d’être branchée sur l’inconscient de l’autre. Une fois, j’ai dessiné exactement les mouvements que mon client a ensuite éprouvés lors d’une visualisation. Quand il a vu le dessin, ça lui a fait un choc », partage Vanina Gallo.

Encadré – Une image vaut mille mots

« Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours », a dit Napoléon. Confucius avait déjà annoncé qu’« une image vaut mille mots ». Dans les années 1970,
le neuroscienti que Ralph Haber demande à des personnes de visualiser plus de 2500 images
à raison d’une image par seconde. Ensuite, il leur propose de visualiser
le même nombre d’images et de repérer soit la seule image qu’ils ont déjà vue, soit la seule qu’ils n’ont pas encore vue. Le taux de réussite avoisine les 90 %. Selon d’autres chercheurs, la capacité de mémorisation des images est quasiment sans limite, et nous apprenons mieux lorsque nous les utilisons. Ainsi, plus le cerveau développe ses facultés de visualisation, plus ses autres aptitudes semblent croître.

Encadré – Règles de base

Prendre une feuille disposée à l’horizontale. Inscrire le sujet à investiguer au centre, dans un cercle. Tracer des branches qui en partent – à chacune sa couleur. Celles-ci servent à écrire les idées majeures liées au sujet – sous forme de mots - clés, d’images. Dessiner d’autres sous-branches, avec d’autres idées. Essayer de répondre aux questions : quoi, qui, où, quand, comment, pourquoi ? Il est bon de s’autoriser une grande liberté et une grande simplicité. Prenez plaisir à gribouiller sans vous mettre la pression, cela laisse le temps à votre cerveau de « mouliner ». Au final, vous aurez un schéma synthétique et visuel de la dynamique révélée autour du sujet.

EN BREF...

Je suis auteure journaliste, masteurante en philosophie, titulaire de diplomes de psychothérapeute et d'homéopathe. Mon regard se porte plus particulièrement sur les nouvelles tendances dans les domaines de la médecine et des sciences du vivant, des thérapies et du développement personnel. Lire la suite...

J'oeuvre pour la promotion d'un savoir respectueux de l'intelligence du vivant, de la réalité d'une symbiose entre l'homme et son environnement et de la profonde capacité de l'humanité à évoluer

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