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Metamorphose

La métamorphose est un phénomène biologique radical : une forme se désintègre, et c’est une autre, différente, qui prend le relais. quelles sont les pistes étudiées par les chercheurs ?

Changer de forme... La métamorphose, sous ses multiples aspects, a toujours capté l’imaginaire. La mythologie et les contes populaires regorgent de dieux, déesses et autres entités magiques qui ne cessent de se transformer en animaux, végétaux, voire en objets. La métamorphose de Zeus en cygne, en taureau ou même en nuage est volontaire. Celle du loup-garou, déclenchée par la pleine lune, est incontrôlée. Et si la transformation d’un crapaud en prince charmant est totale et on l’espère définitive, une panoplie de métamorphoses partielles enchante aussi nos histoires. Des femmes antiques deviennent sirènes, des super-héros contemporains préservent leurs formes humanoïdes mais acquièrent des super-pouvoirs. Que ce soit par amour, ruse, devoir, punition ou tout simplement parce que l’être en question évolue, la métamorphose est un archétype fondamental qui nous fascine. Il nous parle de la possibilité d’évoluer vers une ou plusieurs autres formes – ce qui sous-entend que nous pourrions en quelque sorte être multiples dans nos manifestations.

Là où la métamorphose devient encore plus saisissante, c’est quand, loin du monde fantasmatique, on l’observe en vrai, sous nos yeux. Car le monde vivant est rempli d’êtres qui changent de forme, parfois de manière radicale. Si la transformation d’un têtard en grenouille paraît déjà étonnante, l’évolution d’une simple larve en une magnifique étoile de mer à 5 branches questionne. Comment deux êtres aussi différents ne sont-ils qu’un ? Voilà l’équation que pose ce phénomène : une seule entité, plusieurs formes.

 

De la chenille au papillon

Symbole de renaissance et d’espoir, star des métamorphoses, le papillon sortant du cocon fabriqué par la chenille nous met face à la réalité. Un être aux ailes fragiles, si délicatement poudrées et colorées, pouvant virevolter dans les airs avec grâce, émerge bel et bien de la transformation d’une chenille rampante d’une forme des plus simples. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Cette transformation légendaire, comme l’a découvert Jean-Henri Fabre, un entomologiste français du XIXe siècle, ne se fait pas par le développement de nouveaux membres sur le corps de la chenille. Ce n’est pas comme dans un logiciel de morphing où l’on voit comment une forme devient une autre forme : cette partie-ci doit grossir progressivement et changer de configuration et celle-là rétrécir, et puis là on met de la couleur et là de la texture. Non. « Le développement de la chenille en papillon nous emmène véritablement au cœur du bizarre et du merveilleux, nous dit Frank Ryan dans son livre The Mystery of Metamorphosis. à l’intérieur des murs de son cocon, l’être qu’est la chenille ne change pas par rajout d’ailes ou d’yeux à son ancien corps. Le corps entier de la chenille fond pour devenir une soupe organique de cellules qui recommencent alors une nouvelle construction biologique depuis le début.» Un peu à l’image du Phénix qui renaît de ses cendres, la première forme se désintègre totalement, devient une sorte de « rien » qui se réorganise en un nouvel être avec une physiologie totalement différente. Voilà une énigme pour la science, qui cherche à comprendre quels en seraient les mécanismes.

Si les changements externes dans l’environnement de la chenille – tels que les saisons, la luminosité, la température, la qualité de la nourriture – influencent de toute évidence son évolution, ils ne suffisent pas à expliquer une réorganisation physiologique interne si radicale. Les recherches de Vincent B. Wigglesworth, un entomologiste anglais du XXe siècle, ont montre l’influence fondamentale des hormones dans l’activation de la métamorphose. Mais cet éclairage constructif ne suffit cependant pas à en expliquer les rouages profonds. Certes, les hormones semblent essentielles dans tout processus de transformation biologique. Toutefois elles ne sont pas en mesure de commander aux cellules leur réagencement en papillon. Ce genre de programmation est assuré au niveau biologique, par les gènes. Frank Ryan souligne : « Chez les insectes et les espèces marines qui se métamorphosent par l’activation des cellules souches, il semble y avoir 2 codes génétiques séparés. » C’est comme s’il y avait 2 programmes différents qui à tour de rôle décideraient de ce qui se passe, transformant fondamentalement la forme et le fonctionnement de l’individu.

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Durant toute sa vie de biologiste spécialiste des crustacés, Donald Williamson s’est penché sur le problème des métamorphoses, fréquentes dans la vie marine. Sa conclusion : la métamorphose serait le résultat du couplage de 2 espèces distantes, unissant ainsi 2 génomes dissemblables chez une seule progéniture. « Williamson propose que la métamorphose ne soit pas le résultat d’une accumulation graduelle de mutations sur des millions d’années, comme le dit le néodarwinisme, mais qu’elle soit plutôt la résultante de fertilisations improbables – la rencontre de génomes d’espèces complètement différentes produisant de nouveaux corps viables et reproductibles », commente l’écrivain scientifique Dorion Sagan, fils de l’astronome Carl Sagan et de la biologiste Lynn Margulis. Votre sourcil droit vient surement de se lever d’étonnement, ou est-ce le gauche ? Ce qu’il faut comprendre, c’est que de tels croisements seraient rendus possibles par le fait qu’un grand nombre d’espèces fertilisent leurs œufs en dehors de leur corps. Et la probabilité que, dans le milieu marin et au fil des milliards d’années d’évolution de la vie, le sperme d’une espèce soit allé se balader sur les œufs d’une autre et les ait fertilisés est élevée.Hybridation. Voilà donc le mot clé. En amenant 2 génomes et donc 2 plans corporels très différents chez une seule progéniture, l’hybridation offre une explication plausible. « Il est très difficile pour la plupart des gens de se rendre compte que la nature peut faire des choses absolument folles et incroyables, poursuit Dorion Sagan. Mais plus on la regarde vraiment, plus on voit des choses qu’on pensait impossibles se produire, et ce de manière très rapide. En réalité, la biologie peut changer en un rien de temps. » Et Frank Ryan ajoute : « Une telle théorie voudrait dire que plutôt que de descendre le long des branches de l’arbre de l’évolution, les espèces pourraient aussi sauter de branche en branche ». De quoi révolutionner le monde de la biologie.

Une dimension initiatique ?

Reste la question de l’impact de la métamorphose sur l’individu... Comment vit-il un changement de forme aussi radical ? Fait-il l’expérience d’une continuité ou vit-il une sorte de mort ? En fait, sommes-nous la forme ou le fond ? Ou les deux ?

« Un tel changement affecte le corps mais certainement l’esprit aussi, nous dit Dorion Sagan. Je ne sais pas si la chenille fait l’expérience d’une continuité quand elle devient papillon, mais on peut dire deux choses. La première, c’est qu’en biologie la notion de mort est arbitraire puisqu’il y a constamment cette notion de cycle. La deuxième c’est que nous avons tendance à nous identifier à notre corps dans la forme qu’il a actuellement. Mais je pense que les faits biologiques élargissent la notion de personnalité. Ils fournissent des données scientifiques qui soutiennent la perception des mystiques qui parlent, depuis des milliers d’années, d’un sens d’eux-mêmes qui s’étend bien au-delà de leur corps physique et de ses changements. » Invitation à considérer qu’il puisse y avoir une continuité de conscience au-delà des anatomies changeantes, la métamorphose offrirait aussi à cette conscience la possibilité de faire une série d’expériences différentes selon la forme adoptée.

Et elle nous permettrait de réaliser ce rêve dont parlent toutes les mythologies : pouvoir être autre chose que ce qu’on connaît. Car si nous, en tant qu’humains, ne traversons pas de changements biologiques aussi radicaux, qui n’a jamais imaginé être un jour dauphin, oiseau ou félin ? D’innombrables cultures ont développé au fil de l’histoire des techniques de métamorphose psychique permettant d’accéder à des états d’être non humains. Les chamanes, bien que leur corps physique ne change pas, disent faire cette expérience intense : ils deviennent loup, aigle ou tout autre animal de pouvoir. Cela affecterait profondément leur expérience d’eux-mêmes, du monde, et leur permettrait d’accéder à un savoir distinct. Laurent Huguelit, praticien chamanique et enseignant pour la Fondation for Shamanic Studies nous le dit clairement : « Les chamanes sont des praticiens de la métamorphose. Par la transe, ils s’unissent à l’essence de leurs esprits alliés et font corps avec eux. L’idée est que par la métamorphose, on acquiert le pouvoir d’agir au-delà de nos limites « conventionnelles » et on laisse des énergies des mondes invisibles s’exprimer à travers nous. » Vivre des métamorphoses psychiques et énergétiques ne serait-il pas une manière d’expérimenter d’autres possibles et d’étendre le champ de notre conscience ?

EN BREF...

Je suis auteure et journaliste, titulaire d'un Master de philosophie (DEA), de diplomes de psycho-praticienne et d'homéopathe. Mon regard porte sur les nouvelles tendances dans les domaines de la médecine et des thérapies, des sciences du vivant et de la spiritualité.  En savoir plus...

J'oeuvre pour la promotion d'un savoir respectueux de l'intelligence du vivant, de la réalité d'une symbiose entre l'homme et son environnement et de la profonde capacité de l'humanité à évoluer

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