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Beauregard Marios

Quelle est la relation entre le cerveau et la conscience ? Spécialiste des états mystiques, le chercheur en neuropsychologie revient sur cette question, à la lumière des récentes découvertes. 

Bio express : Mario Beauregard est membre du centre de recherche en neuropsychologie et cognition [CERNEC]) et chercheur agrégé aux départements de psychologie et de radiologie de l’université de Montréal (udeM). Auteur de plus de 100 publications en neuroscience, psychologie et psychiatrie, il a été choisi, en 2000, par le groupe World Media Net comme l’un des « cent pionniers du xxIe siècle ».

 

Quelle idée se trouve au centre de votre dernier ouvrage Les pouvoirs de la conscience ?

Ce que je propose, c’est que la conscience n’est pas le produit du cerveau. Plutôt, elle représente une force fondamentale dans l’univers, tout aussi importante que les forces fondamentales de la physique, comme la gravité, et qui se manifeste de différentes façons. On en voit les effets sur le corps physique, au niveau du cerveau ou des grands systèmes physiologiques comme le système immunitaire ou le système endocrinien ; ou encore à l’extérieur de notre organisme : ce sont les phénomènes psi. Les manifestations non locales de la conscience incluent également les expériences de mort imminente (EMI). J’aborde ces expériences notamment lorsqu’elles se produisent pendant un arrêt cardiaque, parce qu’il y a alors très rapidement cessation de l’irrigation sanguine du cerveau et qu’en conséquence l’activité électrique cérébrale disparaît après quelques secondes. Dans cet état-là, le cerveau n’est plus capable de gérer des fonctions mentales complexes. Or, les expérienceurs rapportent des faits qui montrent qu’une conscience est toujours à l’œuvre.

 

Vous mettez donc en évidence que la conscience semble pouvoir opérer en dehors du cerveau ?

Il est important de comprendre que la conscience peut apparaître en dehors de l’activité cérébrale, mais elle ne le fait que sous certaines conditions. En temps normal, il y a une forte corrélation entre l’activité cérébrale et le contenu de l’expé-ience sur le plan mental. Ce qui fait que si un individu a une lésion dans une région spécifique de son cerveau, son activité mentale pourra être affectée. Par exemple, une lésion située dans le cortex occipital peut entraîner un déficit au niveau de la perception visuelle. On ne peut donc pas dire qu’il n’existe pas de corrélation forte entre le cerveau et la conscience. Mais dans certaines circonstances, ces corrélations sont beaucoup moins importantes.

 

Vous utilisez la métaphore d’un filtre qui pourrait parfois être levé...

Oui, le cerveau agit normalement comme un filtre. Quelques philosophes et chercheurs ont proposé cette hypothèse, notamment William James (le père de la psychologie américaine). L’un des effets de ce filtre est de concentrer notre attention sur les choses de notre environnement. Soit l’environnement externe – ce qui se passe autour de nous –, soit l’environnement interne – nos sensations et notre activité mentale consciente. Dans certaines conditions, l’activité de ce filtre peut être modulée voire même annulée complètement. L’une des situations les plus extrêmes, c’est la fameuse EMI induite par un arrêt cardiaque. Dans ce cas, la fonction de filtre est neutralisée, et une altération profonde de la conscience est vécue. Cela nous montre que l’état de conscience de veille habituel – qui fait consensus dans le monde occidental – n’est qu’une possibilité parmi une infinité d’autres états. Il est également possible d’affecter ce filtre d’autres façons, avec la méditation profonde, la pratique de la prière et la prise de certaines substances dites psychédéliques (les « enthéogènes »).

 

 

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Vous voulez dire que différentes cultures choisissent différents consensus de conscience ?

Oui, tout à fait, chaque culture choisit dans quel état de conscience nous devons nous trouver. Mais nous avons tendance à oublier que cet état peut varier et c’est ça qui est intéressant. Il existe des cultures où le consensus est très différent du nôtre. Par exemple, en Amazonie, des peuples ont encore une définition de l’essence profonde d’un être humain et de sa place dans l’univers qui diffère fortement de celle de notre civilisation occidentale. On pourrait dire qu’ils sont collectivement dans un autre état de conscience. Heureusement, un changement de paradigme est en train de s’opérer dans notre civilisation. Cela est illustré par le fait qu’il y a de plus en plus de chercheurs, de penseurs et même d’individus dans la population générale, qui s’intéressent à la possibilité d’avoir accès à d’autres états de la conscience.

En tant que chercheur, pourquoi travaillez-vous sur la transcendance ?

Ca a été mon point de départ. J’ai décidé de devenir neuroscientifique et de faire de la recherche à cause d’expériences transcendantes que j’ai vécues dans l’enfance, les premières à l’âge de 8 ans. Mes parents étaient des cultivateurs, comme on dit au Québec. Je passais beaucoup de temps dans les champs et dans la forêt pendant l’été. Et j’y ai vécu des expériences au cours desquelles j’ai eu l’impression de fusionner avec l’environnement. Ces expériences m’ont révélé que je faisais partie d’un tout et que j’étais beaucoup plus que mon « petit moi ». Ce sont ces expériences qui m’ont motivé à faire de la recherche sur les rapports entre la conscience et le cerveau.

Vous avez notamment mené des recherches avec des carmélites pour voir l’effet des états contemplatifs sur le cerveau...

Il y a une trentaine d’années, des neurologues ont avancé que les expériences dites transcendantes (mystiques, spirituelles, religieuses) étaient produites par une région spécifique du cerveau : le lobe temporal. Cette hypothèse est basée sur le fait que parfois, lorsque le foyer épileptique se trouve dans cette région, les épileptiques rapportent des expériences transcendantes. Nous avons voulu vérifier si cette région-là était activée durant une expérience à caractère mystique. Pour cela, nous avons recruté 15 nonnes carmélites et nous leur avons demandé d’entrer dans un état contemplatif – ce qu’elles font dans leur vie de contemplatives plusieurs heures par jour. Pendant ce temps, nous avons mesuré leur activité cérébrale à l’aide d’un scanner d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Nous avons découvert que le lobe temporal était effectivement activé. Mais plusieurs autres régions l’étaient également. Cela signifie que le lobe temporal est une région parmi un ensemble de structures cérébrales associées à des expériences de ce type-là. Il n’y a donc pas une zone du cerveau en particulier qui médiatiserait les expériences transcendantes. Il est important de rappeler ici que la neuro-imagerie ne fait que mettre en évidence des corrélations entre des changements dans l’activité cérébrale et des modifications dans l’activité mentale. Ces corrélations n’impliquent pas de relations de cause à effet. En d’autres termes, on ne peut pas dire que parce qu’il y a une activité dans une région x, ça va produire une expérience y sur le plan phénoménologique.

Est-ce que vous pensez que le monde d’aujourd’hui a quelque chose à apprendre de ces expériences mystiques ?

Oui, parce que notre culture est très axée sur l’analyse intellectuelle, rationnelle, logique. Ce mode de fonctionnement est associé à un certain type d’activité cérébrale. Mais beaucoup d’autres modes de la psyché sont possibles. Par ailleurs, la plupart des individus, et ce même dans notre culture, ressentent le besoin de se connecter à des niveaux transcendants, parce que cela fait partie intégrante de ce que nous sommes. Pour ces raisons, je suis convaincu que notre connaissance émergente des états transcendants mènera au final à une transformation majeure de notre monde. Cette transformation sera certainement aussi importante que la révolution copernicienne. Pourquoi ? Parce que les expériences transcendantes nous montrent qu’à un certain niveau il y a une unité profonde entre tout ce qui existe dans l’univers. Ces expériences nous mènent à une vision du monde complètement différente, aux antipodes de la vision scientifique traditionnelle qui est en grande partie matérialiste, réductionniste et déterministe.

Encadré : Les pouvoirs de la conscience

Le livre est une invitation à sortir du paradigme matérialiste pour aborder le sujet de sous un nouvel angle scientifique. Effets placebo ou nocebo, neurofeedback, psycho-neuro-immunologie, effet de la méditation et du yoga, hypnose, expériences psi – vision à distance, télépathie, précognition, psychokinèse – expériences de mort imminente et expériences mystiques, physique quantique et conscience... Mario Beauregard dresse, de manière pédagogique et facile d’accès, le paysage des connaissances actuelles sur la relation entre la conscience et le corps, et met en évidence la nécessité d’un nouveau modèle scientifique qui puisse inclure la conscience comme une force fondamentale de l’univers.

EN BREF...

Je suis auteure et journaliste, titulaire d'un Master de philosophie (DEA), de diplomes de psycho-praticienne et d'homéopathe. Mon regard porte sur les nouvelles tendances dans les domaines de la médecine et des thérapies, des sciences du vivant et de la spiritualité.  En savoir plus...

J'oeuvre pour la promotion d'un savoir respectueux de l'intelligence du vivant, de la réalité d'une symbiose entre l'homme et son environnement et de la profonde capacité de l'humanité à évoluer

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